Oui, Jean-Marc Jancovici (JMJ) peut être dangereux. Parce qu’il dit des choses intéressantes sur le climat en général et sur la nécessaire sobriété, il séduit des centaines de milliers de personnes, souvent jeunes, qui risquent ensuite d’adhérer à ses thèses plus que contestables sur le nucléaire.
Oui aussi, parce que certains de ses excès sont contre-productifs, comme son obstination à vouloir limiter de manière autoritaire et arbitraire les voyages en avion à quatre dans une vie.
Je vais bien entendu décrypter tout cela en détail, et j’espère qu’un débat apaisé pourra ensuite s’ouvrir. Après avoir lu attentivement Le Monde sans fin, j’ai parcouru de nombreux articles et rapports, mais j’avoue ne pas avoir regardé les dizaines d’heures de cours, d’interviews ou de « mises en scène », pourtant sans doute intéressantes. Je me baserai également sur les travaux de nombreux journalistes qui, eux, ont analysé en profondeur ses positions — notamment dans Libération, Reporterre et France Info.
Si je suis souvent d’accord avec lui — lorsqu’il énonce des évidences avec lesquelles il ne restera bientôt plus que Trump pour ne pas être d’accord —, je suis aussi fortement choqué lorsqu’il dénigre les énergies renouvelables au moyen d’arguments fallacieux, pour mieux tenter de nous convaincre, au moyen d’autres arguments fallacieux, que le nucléaire est, sinon la seule solution, du moins de loin la meilleure.
Ingénieur polytechnicien, Jean-Marc Jancovici est associé fondateur de Carbone 4, fondateur et président du think tank The Shift Project, professeur, auteur et conférencier.
Remarque liminaire : cet article, sans doute un peu long et trop technique, a été écrit en 2023, quasiment terminé le 8 juin 2023, mis en veilleuse, puis finalement rendu public le 9 septembre 2026, alors que certains points mériteraient encore d’être approfondis. Il est probablement excessif et ressemble même à un pamphlet. Et pourtant, tout est « sourcé »…
Le monde sans fin
Au delà de ses nombreuses interventions sur les chaînes de télévision françaises et belges, ainsi que sur les réseaux sociaux (1.300.000 followers sur LinkedIn, des millions de vues sur YouTube), la bande dessinée « Le monde sans fin » a constitué un énorme succès de librairie en 2022.
Le constat est d’abord facilement partagé sur le pétrole et sur la sobriété (encore qu’ici, il reste beaucoup à dire – voir plus loin). Ensuite, on passe sans transition (page 126) à un dénigrement acharné des énergies renouvelables et à une apologie sans nuance du nucléaire. Mais voyons cela dans les faits.

Dix raisons de douter…
… et de mettre en perspective les affirmations peu nuancées de quelqu’un qui n’a pas vraiment tendance à douter, mais plutôt à s’imposer comme « sachant », du haut de son titre d’ingénieur.
1. Les chiffres
Le problème majeur avec les chiffres mentionnés dans cet ouvrage — et il y en a parfois beaucoup —, c’est l’absence totale de sources. Il s’agit de « croire », tout simplement, ce que dit le prophète. Il est ingénieur, donc ce serait une autorité scientifique incontestable… Cela conduit à de nombreuses approximations, à des exagérations et à des chiffres lancés sans que les méthodes de calcul ni les hypothèses retenues soient explicitées.
Voici un exemple anecdotique à la page 172 : la somme des pourcentages est 110…
Il faut le croire même quand il se trompe… Alors quoi, cela ne vient pas à 10% ? on est dans une bande dessinée ? cela concerne le grand public ? erreur d’arrondi ou symptôme d’une manière de procéder un peu légère ?
Mais voici un autre exemple concernant le nombre d’éoliennes nécessaires : une éolienne tous les kilomètres ? Cela voudrait dire 550 000 éoliennes. Dans le scénario 100 % renouvelable en 2050 imaginé par RTE (le Réseau de transport d’électricité), il y en a 35 000 (voir l’article de France Info). Ici, il ne s’agit plus d’une erreur de 10 %, mais d’un facteur 10…
Laissons à l’ingénieur ses explications alambiquées (« énergie primaire, France, ordre de grandeur correct… ») pour en retenir la manière provocante et spécieuse de parler des éoliennes.
2. Le dénigrement systématique des renouvelables
Plus loin, le même type de raccourci est appliqué au solaire : si on voulait assurer notre niveau de consommation actuel de pétrole avec de l’hydrogène vert, il faudrait couvrir la moitié de la Corse.
Pourquoi aussi, dans tous ces calculs farfelus, ne prendre en compte que le solaire et l’éolien, en oubliant les autres formes d’énergies renouvelables, en particulier l’hydraulique et la biomasse ? Pourquoi se limiter à ces comparaisons biaisées, qui ne visent qu’à discréditer les renouvelables ?
Personne n’a jamais voulu couvrir tous les besoins actuels en électricité avec uniquement du vent. Personne n’a jamais voulu couvrir tous les besoins actuels en déplacements routiers avec uniquement du solaire. Ni même avec une combinaison des deux. Ni même avec l’ensemble des ressources renouvelables à notre disposition.
Il semble évident aujourd’hui (mais peut-être pas encore pour tout le monde ?) que la consommation actuelle des pays dits développés n’est absolument pas soutenable, en énergie et en ressources de manière générale. Pourquoi alors cette avalanche de caricatures, nous ramenant presque aux temps lointains où Electrabel finançait des pages entièrement noires dans les journaux, avec une belle bougie en plein milieu : si vous ne voulez pas du nucléaire, ce sera le retour à la bougie. A qui profite le crime ?
3. Le pilotage et le stockage
De même quand il évoque doctement l’impossibilité du pilotage des renouvelables en raison de leur caractère naturellement intermittent, il s’agit d’une vue simplificatrice qui ne peut qu’être de mauvaise foi – surtout comparé au nucléaire (qui est effectivement pilotable, mais de manière peu souple).
Raisonner en termes de tout solaire ou tout éolien relève purement et simplement de la volonté de discréditer. Les énergies renouvelables doivent bien évidemment être combinées, associées à de multiples formes de stockage, et à une nécessaire réduction de nos consommations. En effet, quand on mélange toutes les sources de renouvelable disponibles, à commencer par celles qui sont pilotables (hydro et biomasse), que l’on développe l’ensemble des capacités de stockage, et que l’on agit sur la demande d’électricité via entre autres des compteurs intelligents, le résultat est très différent.
Sur le stockage, il y aurait matière à écrire un livre entier, tant les avis sont souvent peu documentés et peu nuancés. Avec la caricature ci-dessus, nous avons une énième répétition d’une présentation pour le moins orientée. D’abord, tout stockage, quel qu’il soit et quelle que soit la forme d’énergie concernée, a un coût. Même si certaines formes d’énergie sont plus faciles à stocker que d’autres, l’électricité pose des difficultés particulières. Mais avant même de s’intéresser à la recherche fondamentale et aux futurs moyens de stockage, il faut développer les moyens existants : centrales de pompage, production d’hydrogène, volants d’inertie, chauffe-eau domestiques et surtout batteries, notamment celles qui équipent déjà les voitures électriques. Notons également, concernant le stockage — et les renouvelables de manière générale —, le peu d’efforts consacrés à la recherche et au développement, comparés aux sommes publiques déversées, et encore déversées, sur les énergies fossiles et le nucléaire.
Cette combinaison des sources d’approvisionnement, des multiples moyens de stockage et du pilotage de la demande pourrait être déployée immédiatement, avec les moyens de régulation dont nous disposons aujourd’hui. Pourquoi tout cela reste-t-il embryonnaire ? Pourrait-il y avoir un rapport quelconque avec une volonté presque idéologique d’investir plutôt dans le nucléaire ?
4. L’apologie inconditionnelle du nucléaire
Autant les renouvelables sont très injustement décriés, autant le nucléaire est glorifié : présenté comme décarboné, il n’aurait que des avantages, tous les inconvénients et les risques étant soit oubliés soit considérés comme mineurs.
Les accidents ? chez d’autres uniquement. Il est moins dangereux d’être à côté d’une centrale que de laisser un enfant à côté d’une piscine. Un bel exemple de l’utilisation expéditive des statistiques, ne tenant aucun compte des maladies induites par les accidents nucléaires, ni de l’impact du déplacement des populations et des zones inhabitables pendant un temps certain. Tout cela est balayé, oublié, minoré, circulez, y’a rien à voir…
Le stockage des déchets ? Pareil, une grande piscine suffit à tout stocker, pas de quoi s’inquiéter.
Alors que les énergies renouvelables sont présentées comme consommatrices de matières premières, plus carbonées, nuisibles pour le paysage, les oiseaux, les riverains, et j’en passe…, le nucléaire a tout bon : même restaurer la biodiversité dans la zone de Tchernobyl est un point positif ! En fin de compte, si vous n’êtes toujours pas devenu pro-nucléaire, c’est tout simplement parce que vous avez peur de perdre vos vieux amis soixante-huitards attardés…
5. La faible importance donnée à la biodiversité
Le livre est, comme souvent, meilleur sur les constats que sur les solutions. À part, bien entendu, LA solution à tous nos problèmes : mettre du nucléaire partout. Plus sérieusement, je vais maintenant commenter quatre « orientations » qui posent problème : la biodiversité, la sobriété, la tentation autoritaire et la pleine acceptation de notre système économique.
Concernant la biodiversité, il est loin d’être le seul à en parler peu, et à se concentrer sur les questions de climat, d’énergie et de matières premières. J’écrirai un article consacré entièrement à ce sujet, car je n’arrive pas à bien comprendre les vraies raisons de ce (relatif) manque d’intérêt. Même Greta Thunberg en parle relativement peu, de même que l’ensemble des rapports, think thanks, organisations internationales, COPs etc… Pourtant, il y a dès aujourd’hui des milliers d’exemples d’actions concrètes pour préserver, modifier, augmenter le vivant et la biodiversité qui, outre leur impact direct souvent très positif, auront un impact indirect de type boule de neige, avec des « boucles de renforcement » et in fine un impact fort sur la question climatique.
Et qui en prime peuvent apporter des résultats beaucoup plus rapides que la plupart des actions qui concernent directement le changement climatique. Ce qui ne veut pas dire qu’il faudrait les négliger. Je n’arrive cependant pas à comprendre ce qui motive la si faible prise en compte de ces aspects…
Petite correction : un récent rapport du Shift Project met l’accent sur la biodiversité, sans néanmoins mettre en évidence le lien fort entre biodiversité et climat – le rapport reste principalement au niveau du constat, alors que ce sont les solutions qui importent désormais – voir la synthèse « Comment transformer nos territoires »
6. Sobriété
« Quelle sobriété ? » voulons-nous : choisie ou subie ? Heureuse ? Partagée, ou réservée à ceux qui ont moins de moyens financiers ?
En tout cas, pas « la bière chaude et plus d’opérations du genou », ce que nous prédit Jancovici avec les énergies renouvelables (voir la figure 4 ci-dessus). En Belgique, par exemple, le lundi 29 mai 2023, l’éolien et le solaire ont couvert 100 % des besoins en électricité, sans mobiliser d’autres sources renouvelables ni de grandes capacités de stockage. Cela montre à l’évidence que parler de bière chaude relève, à tout le moins, de la mauvaise foi — ou pire, d’une intention délibérée de tromper le lecteur.
Je n’aborderai pas ici le fond du sujet lorsqu’on évoque la sobriété ou la décroissance. Plusieurs articles du blog en parlent ou en parleront — voir les étiquettes croissance, décroissance et sobriété. La littérature sur ces sujets est plus qu’abondante. Voir aussi la bibliographie, notamment les livres récents de Timothée Parrique (Ralentir ou périr, Seuil, 2022) et de Gabriel Malek (Pour une décroissance prospère, Payot, 2025).
Une petite réflexion en passant sur la décroissance : je suis parfois surpris par ceux que l’on présente ou qui se présentent comme « inventeurs » du concept – je préfèrerais que tous rendent le crédit qu’il mérite à Nicolas Georgescu-Roegen – on parle ici d’un texte de 1971 : « The Entropy Law and the Economic Process », traduit par Ivo Rens et Jacques Grinevald, et publié sous le titre « demain la décroissance – entropie-écologie-économie, aux éditions Pierre-Marcel Favre en 1979.
Rappelons enfin que la production d’électricité ne constitue qu’une petite partie du problème de l’énergie, du réchauffement climatique et de l’épuisement des ressources, l’essentiel étant ailleurs et en particulier dans les usages du pétrole, pour les transports, le chauffage, l’industrie, etc… mais aussi dans l’organisation de la société et dans notre modèle économique.
7. Une tentation autoritaire
Jancovici persiste et signe sur la limitation des vols en avion à quatre par personne dans une vie, y compris deux quand on est jeune et que l’on souhaite découvrir le monde (voir son passage dans la matinale de France Inter le 30 mai 2023). La question n’est pas, aujourd’hui, de savoir quelles limites « autoritaires » la société doit imposer aux citoyens (vols, mais alors aussi voiture, bateau, logement, piscines, alimentation, etc…), la question est de savoir s’il est opportun, aujourd’hui, de placer le débat sur des interdictions aussi strictes et imposées plutôt arbitrairement – voir aussi l’article Je prendrai encore l’avion…
En effet, on peut a minima se poser la question de la focalisation sur les voyages en avion plutôt que sur l’empreinte écologique totale de chaque personne. Sans compter que dans cette empreinte il y a plusieurs socles incompressibles, selon l’endroit où l’on habite par exemple, et d’autres facteurs, considérables, qui ne dépendent pas de l’individu mais de décisions politiques concernant l’organisation de l’espace public, des échanges économiques, des méthodes de production, etc…
Le cadre réglementaire et les normes doivent évidemment évoluer afin de favoriser une transition écologique, et surtout une transition juste socialement, c’est-à-dire en accompagnant et en veillant à ne pas pénaliser les plus faibles.
Mais il reste par ailleurs impératif de ne pas braquer la société avec des propositions prématurées ou trop clivantes, dont le seul résultat est la défaite électorale assurée. En d’autres termes, ce genre de sorties « médiatiques et catastrophistes », cela revient à « marquer contre son camp », mais quel est vraiment son camp ?
On trouvera une illustration emblématique de la dangerosité de ces propos trop catégoriques dans un débat récent entre Georges-Louis Bouchez (président très droitier du MR, le Mouvement Réformateur) et Adélaïde Charlier, une des figures marquantes de l’activisme écologique belge. Adélaïde est sournoisement attaquée par GLB, qui se sert des propos de Jean-Marc Jancovici : le seul écologiste « honnête », celui qui veut vous empêcher de prendre l’avion plus d’une fois dans votre vie !
Je ne dis pas qu’il ne faut rien faire, ni qu’il ne faut pas annoncer ce que l’on va faire, je dis qu’en l’occurence, le résultat net est contre-productif. Peut-être les écolos au pouvoir auraient-ils la capacité à vraiment faire bouger les choses, certes de manière progressive et limitée. Me revient alors en boucle cette question lancinante : pour qui Jean-Marc Jancovici roule-t-il ?
8. Une très timide remise en cause du système…
Toujours dans la matinale de France Inter, mais de manière récurrente cette fois, aucune mise en cause claire du capitalisme : « Je ne sais pas si le fait de transformer mon boulanger en fonctionnaire va supprimer les problèmes » – on dirait presque du Sarkozy… Marteler une évidence ne fait pas avancer le débat. Qui propose de transformer son boulanger en fonctionnaire ? Et d’abord, quel mépris pour les fonctionnaires, et même peut-être pour les boulangers, comme s’ils étaient le symbole du capitalisme. A moins que cela ne permette finalement d’éviter la mise en cause d’un système pourtant profondément générateur d’inégalités et intrinsèquement prédateur de l’environnement, considéré comme une externalité qui doit simplement avoir le moindre coût pour l’entreprise, dont la raison d’être reste le profit. Pas de produire quelque chose de nécessaire ou d’utile, pas de donner du travail, mais uniquement de faire du profit. Le reste est là pour « habiller » le discours et, quand la pression est trop forte, pour rassurer la société – on parle alors de « développement durable » ou de « Responsabilité Sociale et Environnementale »…
Pour les auteurs (parmi lesquels Attac et le réseau Sortir du nucléaire) d’une tribune documentée « Jancovici… une imposture écologique ? », publiée conjointement par Reporterre, Mediapart, Regards et la Mule du Pape, et co-signée par plus de cinquante associations, « l’industrie d’État qu’est le nucléaire tente d’imposer ses « avantages » pour préserver le climat, au prix d’informations souvent tronquées, approximatives ou mensongères. Au centre de ce travail de réhabilitation, les auteurs désignent Jean-Marc Jancovici et ses réseaux. »
Dans cette même tribune : « La pensée de Jean-Marc Jancovici structure celle du Shift Project et de Carbone 4. Ces dernières sont en fait des outils au service de la vision de la société que développe Jancovici. Il part d’un point de vue d’ingénieur pour arriver à une position idéologique qui va bien au-delà d’un discours sur l’urgence climatique. Au-delà du discours de Jancovici, c’est cette vision de la société que nous dénonçons. » Une vision très capitaliste, patriarcale, et plus technocratique que démocratique.
9. L’expert condescendant
Pour qui roule-t-il ? d’abord pour lui. Sa position de guru donnant un avis sur tout lui plaît manifestement. Et puis, il faut bien « remplir le frigidaire » (son expression favorite pour justifier sa célébrité, son exposition médiatique, et le financement par ces grandes entreprises peu suspectes de réelles préoccupations écologiques).
Contentement de soi, position d’ingénieur, de « sachant », se plaçant très haut par rapport aux autres. Peut-être est-il ici plus question de condescendance que de narcissisme (quoique…) ?
Les chiffres, souvent approximatifs et parfois factuellement faux, les « certitudes » scientifiques assénées avec tellement d’aplomb, combien de millions de gens sont abusés ? Sur LinkedIn, à la radio, à la télévision, en cours, sur YouTube ? Et pour combien de temps encore ?

Paragraphe à lire en écoutant Utopia de Bernard Lavilliers
(…) Cette lucidité bidon
Qui remplaçait si bien les tripes
Etait sinistre et sans passion
Et militante et castratrice
(…) Nous rêvons d’une autre planète
En ce futur, t’en souvient-tu ?
(…) Nous vivons au ras des pavés
N’ayant jamais connu la plage
Et jamais le roi des étés
Ne s’est inscrit au paysage
Nous avons la haine au profond
Une haine fondamentale
De la hiérarchie et des cons
Du quotidien et du fatal.
10. Les conflits d’intérêt
Pour qui roule JMJ ? D’abord pour lui, probablement pas vraiment pour l’argent (quoique les deux structures soient à cet égard bien pratiques) mais plutôt pour une sorte de pouvoir, d’influence, d’importance donnée par l’exposition médiatique. Il ne fait pas partie de ceux qui refusent une invitation à l’Elysée, il a plutôt l’air fort satisfait de côtoyer les « grands » de ce monde… Mais au-delà de mes impressions personnelles qui peuvent paraître anecdotiques, polémiques et excessives, il est (de manière particulièrement consentante) une pièce importante du lobby nucléaire en France : EDF, Engie, Orano (ex-Areva) et beaucoup d’autres industriels, Polytechnique et beaucoup d’autres grandes écoles, Macron, Cazeneuve, Montebourg, Roussel, et beaucoup d’autres politiques… Ce lobby français et international, j’en reparlerai peut-être un jour en détails, et tenterai de montrer comment des universitaires sans doute brillants par ailleurs peuvent perdre toute mesure et tout sens critique dès qu’il s’agit du nucléaire (je pense entre autres à Damien Ernst, professeur à l’Université de Liège – article « Entarté » à venir sur cet autre « expert » aux positions plus que contestables !).
Il qualifie lui-même sa démarche d’indépendante (?), et estime qu’adhérer à un courant politique réduit la « portée universelle de ses messages » – pas mal, d’affirmer que ses messages ont une portée universelle ! Tant qu’à faire, pourquoi ne pas s’instituer « prophète » ? Pas d’affiliation partisane donc, sauf au parti du nucléaire.
Le Shift Project est un « Think tank qui œuvre en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone ». Mais…
«Qui finance le Shift Project ? Entre autres… EDF, Bouygues, Vinci, BNP Paribas, Enedis, Vicat (un cimentier international lié à l’industrie nucléaire). Le Shift Project ne s’adresse pas à n’importe qui : l’adhésion en tant que membre est réservé aux entreprises, avec lesquelles le Shift signe une convention. Le montant, supérieur à 25 000 €, est défini par un barème en fonction du chiffre d’affaires. Ainsi managée par plusieurs acteurs du monde de l’économie et notamment du nucléaire, cette association est en situation de conflit d’intérêts, beaucoup de ses acteur·ices étant à la fois juge et partie.» (source : https://reporterre.net/Jancovici-une-imposture-ecologique)
En guise de conclusion
Chacun jugera : il y a son rôle de lanceur d’alertes sur le climat, dans les cercles dirigeants et dans les médias; il dit souvent des choses intéressantes et justes, mais du haut de sa posture d’ingénieur « sachant ». Et son discours reste très orienté, « approximatif », nucléaire à tout prix et peut finir par desservir l’écologie…
Quelques liens, forcément subjectifs
les sites « plutôt critiques »
- Reporterre :
- Nucléaire: les allégations mensongères de Jean-Marc Jancovici
- Qui est Jean-Marc Jancovici ? L’enquête de Reporterre
- Jancovici… une imposture écologique?
- La BD de M. Jancovici épinglée pour «approximations, intox et procédés rhétoriques»
- Libération : «Erreurs», «partis pris», «approximations»… Pourquoi la BD sur le climat «le Monde sans fin» de Jancovici suscite des critiques (article réservé aux abonnés, mais j’ai quelque part une copie papier)
- France Info : VRAI OU FAKE. La BD ‘Le monde sans fin’ de Jean-Marc Jancovici est-elle mensongère ?
- Cédric Philibert Les mauvais calculs de Jean-Marc Jancovici que reprennent la droite et l’extrême-droite
- IFRI (Institut Français des Relations Internationales) : Les discours trompeurs de Jean-Marc Jancovici
les sites « relayant sans aucun recul »
- Les échos : Jean-Marc Jancovici : pourquoi cet ingénieur pronucléaire plaît-il tant aux jeunes écolos ?
- et on pourrait y ajouter RTL, le Figaro, Valeurs Actuelles, l’Opinion, BFM Business, etc…
- l’ensemble des média « mainstream » (presse écrite et audiovisuel) se montre étonnamment (?) complaisant et peu critique
les sites de Jean-Marc Jancovici (pour des raisons d’objectivité…)
- Jancovici.com : très bien fait, très professionnel, mais pas vraiment à jour…
- The Shift Project : vitrine presque acceptable
- Carbone4 : la vache à lait (il faut bien remplir son frigidaire, dirait-il…)
Mise à jour du 2 juillet 2026
Je ne peux que vous conseiller la carte blanche d’Aurélien Bellanger dans le Nouvel Obs : Jancovici président ou « le désir louche d’une solution technique ». J’ai été fort agréablement surpris de trouver sous sa plume des réflexions fort semblables aux miennes.
Mise à jour du 7 octobre 2026
A propos de «Un commun accord», initiative louable et impossible à critiquer… Il faudra cependant regarder de près les experts qui interviennent, les « dilemmes » qui sont retenus, comment ils sont formulés et les conclusions qui en sont tirées. Il ne s’agit pas de bouder son plaisir devant une forme d’expression directe et démocratique, saluée par tout le monde, mais de rester attentif aux risques de récupération et d’instrumentalisation. Nous en reparlerons quand les conclusions seront connues.
Dernière mise à jour : 11 octobre 2026
Merci d’être arrivé jusqu’ici, et merci pour vos commentaires !
Michel
NB: la photo illustrant cet article a été prise dans les Fagnes, le 30 septembre 2013
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