… même si je préfèrerais l’éviter, même si j’ai tendance à privilégier le train, et même si je suis viscéralement incapable de prendre l’avion pour aller passer le week-end à Barcelone! Par contre, j’ai encore envie d’aller dans les îles grecques (surtout celles sans aéroport…), en Gaspésie, au Dakota du Nord et aux Marquises !

L’article d’Olivier De Schutter qui a suscité ce billet (« Je ne prendrai plus jamais l’avion« , paru dans La Libre du 7 décembre 2018) repose la question de la responsabilité individuelle dans le changement climatique.
La question se pose du reste également pour la voiture, voire même pour le train… Et à ce compte-là, il faut arrêter toute activité génératrice d’entropie, ce qui ne laisse probablement pas d’autre choix que de vivre au milieu des bois comme Henry David Thoreau, dans une cabane construite à la main.
Si elles n’annulent pas l’augmentation d’entropie inévitable, les technologies de l’information peuvent aider à optimiser les trajets, les technologies de communication à distance peuvent éviter des déplacements, etc… et contribuer ainsi à une moindre augmentation de l’entropie. Pour des détails sur la notion d’entropie, on peut consulter ma page de référence, ainsi que l’article Low Entropy Management.
Au-delà de l’aspect énergétique, c’est aussi la question de notre « compromission » avec le système qui se pose. A défaut d’être nulle, on peut tenter de la réduire, et avoir d’autres valeurs que la seule poursuite d’un confort matériel lié à une consommation toujours plus grande.
Chacun apporte sa contribution, Olivier décide de ne plus jamais prendre l’avion, c’est son choix. Un choix extrême, mais tout-à-fait respectable. Une autre raison qui sous-tend mon propre choix de ne pas renoncer à l’avion est qu’en 1986, en rentrant d’Inde, j’ai moi-même tenté une expérience « extrémiste » (voir page sur Barsy), en voulant démontrer, pour des raisons politiques, qu’une maison autonome énergétiquement parlant était possible – et plus largement qu’on pouvait vivre sans nécessairement « exploiter » d’autres personnes, et en particulier les pays du Sud.
Que ce soit en matière de transport, d’énergie, de consommation, d’alimentation, de gestion de l’eau et dans bien d’autre domaines, nous avons tous nos contradictions, et il nous faut les accepter sereinement. On peut ne pas avoir de voiture, et pour autant continuer à en utiliser une… On peut aimer le ski… Si le niveau de « compromission » est variable (on peut peut-être essayer de ne pas travailler à la fabrication d’armes…), il est inévitable, sauf à se retirer du monde.
J’ai toujours défendu l’idée que nous ne sauverons pas la planète en prenant une douche au lieu d’un bain, ou en triant nos déchets – ce qui ne doit pas nous empêcher de le faire. L’effet « Colibri » cher à Pierre Rabhi est bien réel, et tous ces petits gestes sont nécessaires mais largement insuffisants.
De même militer pour un changement de politique est nécessaire mais pas suffisant, une politique visant à réduire la consommation ayant aujourd’hui relativement peu de chances de séduire une majorité d’électeurs. Les avancées vertes témoignent cependant d’une augmentation de la prise de la conscience de l’urgence climatique. Un pas clair dans la bonne direction, mais sans remise en cause fondamentale de la croissance, de l’augmentation des inégalités, bref du modèle capitaliste de développement.
Last updated on February 2023
Liste non exhaustive d’améliorations / questions en suspens
- Voir aussi les articles sur la croissance, un article à venir sur la fiscalité écologique, etc…
- Voir l‘article dans Libé du 11 février 2019 : https://www.liberation.fr/debats/2019/02/11/nous-ne-prendrons-plus-l-avion_1708727?fbclid=IwAR1COt0PP0sNxaDD4ryor88a8pva1oqdp9cvnbzgjmxQ6w01GiwWDhQTSY4
- Lien avec l’article non publié « Sur la responsabilité individuelle », à propos de l’article dans LLB de Violaine Wathelet sur l’Hyperresponsabilisation)
- Développer : ni la nécessité, ni l’effet Colibri, – mais effets 1. Réglementaires 2. indirects sont nettement plus importants !
- Développer : voire plus généralement dans toutes les décisions prises par la collectivité dans laquelle nous nous vivons – lien éventuel avec le billet non publié « Responsables mais pas coupables »
- Ni les changements politiques, ni individuels ne seront suffisants, les deux sont nécessaires + Localisme + inspiration sud !
- Revenir sur ma propre expérience à Barsy… – « j’ai déjà donné… »
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