Le décès hier de Jean Ziegler à l’âge de 92 ans me touche personnellement – même si je ne l’ai pas connu directement.
Jean Ziegler a en effet marqué mon parcours intellectuel de plusieurs manières. D’abord avec la lecture de « Une Suisse au-dessus de tout soupçon », qui a impressionné bon nombre de jeunes dans ces années 76-78.
« Ce livre-réquisitoire dévoile la face cachée de la Suisse contemporaine, son impérialisme secondaire dans les pays en voie de développement, les rouages de son gouvernement visible et ceux du pouvoir réel qu’il dissimule, son rôle de receleur des capitaux en fuite, de plaque tournante de l’activité des sociétés multinationales, grâce aux admirables institutions que constituent le secret bancaire et le compte à numéro, le tout voilé dans les plis du drapeau de la Croix-Rouge et couvert par un discours de neutralité et de paix qui fait passer les seigneurs de la banque de Genève ou de Zurich pour de pieux et inoffensifs philanthropes. »

Et puis, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt, il y a bien longtemps, « Les nouveaux maitres du monde – Et ceux qui leur résistent »
« Au cœur du marché globalisé, banquiers, hauts responsables de sociétés transnationales, opérateurs du commerce mondial accumulent l’argent, détruisent l’État, dévastent la nature et les êtres humains. Ce livre révèle leur visage, analyse leur discours, dénonce leurs méthodes et les mercenaires qui les servent au sein de l’OMC, de la Banque mondiale et du FMI : il démonte l’idéologie qui les inspire, jetant une lumière crue sur le rôle joué par les oligarchies financières. Mais la résistance s’organise. C’est la nouvelle société civile planétaire dont Jean Ziegler montre ici la richesse, la diversité et la détermination. (…) »

ainsi que « Le pouvoir africain ». Mais c’est loin déjà, et il faudra que je recherche mes notes pour élaborer ce paragraphe…
« De rares sociétés africaines ont échappé – partiellement – à la destruction coloniale et impérialiste. Elles ont conservé une conception de l’homme que les sociétés capitalistes marchandes d’Occident et d’Orient ont anéantie : familles et communautés, pouvoirs autogérés, propriété commune du sol, cosmogonies maîtrisant la vie et la mort, rendant justice du passage des hommes sur la terre. N’est-ce pas cette conception de l’homme communautaire, fraternel, qui guide la théorie et la pratique des révolutionnaires ? Jean Ziegler dresse un inventaire de ces significations et valeurs utiles à la lutte de classe, au combat anti-impérialiste, à notre espoir. Une leçon à laquelle tous les peuples du monde ont à gagner. »

et plus récemment, sans être toujours d’accord avec lui, j’ai lu et apprécié son entretien Régis Debray, « Il s’agit de ne pas se rendre. Conversations sur France Culture », petit livre qui date pourtant de 1994…
Ce petit livre aigu et dérangeant ne prétend pas à la rigueur de l’écrit. Il se fait l’écho d’une liberté de ton et de parole telle qu’elle s’exprima, pendant toute une semaine, sur l’antenne de France Culture. Les deux interlocuteurs qui dialoguent ici interprètent différemment l’effondrement du communisme, le recul de l’État-nation, la « mondialisation » culturelle ou économique, pour ne citer que ces exemples.
Mais une même exigence les réunit : le refus de consentir aux molles facilités du « prêt-à-penser » contemporain. Régis Debray et Jean Ziegler ont longtemps partagé, chacun à sa façon, les mêmes espérances et les mêmes engagements. Au-delà de leurs divergences avérées et qu’on retrouvera mises au clair sans dérobades, ils se reconnaissent néanmoins, l’un comme l’autre, dans ces vers du grand poète turc Nazim Hikmet qui donne leur titre à ces « conversations » :
L’air est lourd comme du plomb
Je crie, je crie, je crie, je crie.
Être captif, là n’est pas la question
Il s’agit de ne pas se rendre.

Comme le livre est épuisé, le cas échéant, dites merci à l’Université du Québec à Montréal pour la version PDF gratuite !
A développer : Je découvre aujourd’hui qu’il a publié un livre avec Thomas Sankara – qu’il faudrait lire, tant l’importance de Sankara est grande – voir Hickel par exemple, ma présentation sur l’Occidentalisation, ou encore cette pièce fabuleuse au National (Murgia ?)
Une avalanche de tweet a salué Jean Ziegler à sa mort, certains à défaut de l’avoir fait avant ! En provenance de dizaines de personnes, d’organisations, de journaux, d’horizons différents (ou pas ?) : Pierre Haski, Pascal Boniface, Darius Rochebin, Ignacio Ramonet et Jean-Luc Mélenchon, l’institut La Boétie, Le Vent Se Lève, Le Temps, Le Monde, Le Soir, entre autres…
Voir aussi:
- l’article du Monde « Jean Ziegler, figure de la gauche suisse et critique du capitalisme, est mort à 92 ans » et les liens qu’il contient
- l’article du Soir (Mort de Jean Ziegler, grande figure de l’altermondialisme)
As usual, comments welcome ! Last updated on June 11, 2026
Et pour tenter de finir ce matin, je vous livre ici ce qu’en dit Gemini, une « meilleure » synthèse, et tellement plus neutre (?) que ce que je pourrai jamais écrire…🤔
Jean Ziegler était un célèbre sociologue, écrivain, altermondialiste et homme politique suisse. Figure emblématique de la gauche anticapitaliste, il s’est éteint à l’âge de 92 ans des suites de la maladie de Parkinson. [1, 2]
🌟 Son parcours et l’influence du « Che »
- Origines : Né à Thoune en 1934 sous le nom de Hans Ziegler, il adopte le prénom « Jean » sur suggestion de Simone de Beauvoir lors de ses collaborations à la revue Les Temps modernes. [3]
- Rencontre déterminante : En 1964, sa rencontre à Genève avec Che Guevara scelle son destin militant. Le Che lui conseille de rester en Europe pour mener une « intégration subversive » du système, c’est-à-dire utiliser les structures institutionnelles pour les combattre de l’intérieur. [2]
- Carrière académique : Il a enseigné la sociologie pendant de longues années à l’Université de Genève et à la Sorbonne. [4]
🇺🇳 Engagements internationaux à l’ONU
Jean Ziegler a mis sa notoriété au service des institutions internationales pour dénoncer les inégalités mondiales :
- Droit à l’alimentation : De 2000 à 2008, il est le premier Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation. Durant ce mandat, il qualifie publiquement la faim dans le monde de « crime de masse » et de « génocide silencieux ».
- Conseil des droits de l’homme : Il intègre ensuite son comité consultatif de 2008 à 2019. [1, 2, 3, 4]
⚖️ Une figure suisse hautement controversée [5]
Ses prises de position radicales ont suscité autant d’admiration à l’échelle internationale que de vives critiques en Suisse : [2, 6]
- Attaques contre le système helvétique : Dans son livre choc Une Suisse au-dessus de tout soupçon (1976), il accuse les élites économiques et dénonce le secret bancaire. [2]
- Rôle des banques : Avec La Suisse, l’or et les morts (1997), il qualifie les banquiers suisses de « receleurs d’Hitler » en raison de leur gestion des avoirs juifs et de l’or nazi, ce qui lui vaut de multiples procès en diffamation. [2]
- Critiques : Ses détracteurs lui reprochaient un manque de rigueur historique dans ses chiffres ainsi que sa complaisance passée envers certains dirigeants controversés (comme l’attribution initiale du Prix Kadhafi des droits de l’homme). [2]
📚 Bibliographie sélective
Auteur prolifique, il est l’un des écrivains suisses les plus traduits à travers le monde : [2]
- L’Empire de la honte (2005)
- La haine de l’Occident (2008)
- Le Capitalisme expliqué à ma petite-fille (2018)
- Lesbos, la honte de l’Europe (2020)
- Où est l’espoir ? (2024), son dernier ouvrage testamentaire centré sur la capacité humaine de résistance. [2, 3, 4, 7, 8]
Un documentaire complet intitulé Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté, réalisé par Nicolas Wadimoff, retrace de manière nuancée le parcours de ce rebelle éternel. [2]
[1] https://fr.wikipedia.org
[2] https://www.rts.ch
[3] https://www.letemps.ch
[4] https://parole.be
[5] https://www.zlv.lu
[6] https://www.facebook.com
[7] https://www.seuil.com
[8] https://www.rts.ch
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