Le vrai visage du WWF

Ce 28 mai 2026, la présidente du WWF France Alexandra Palt a démissionné de ses fonctions, « parce qu’il est apparu clairement que nous n’étions plus alignés sur des questions essentielles de valeurs et de conception du rôle d’une organisation comme le WWF dans la société contemporaine », écrit-elle sur LinkedIn.

Elle poursuit : « Ce désaccord est devenu explicite après ma participation, à titre strictement personnel, à un rassemblement transpartisan contre le racisme à Saint-Denis.

À la suite de cette présence et d’un post publié sur LinkedIn, Isabelle Autissier, présidente d’honneur du WWF France, et Antoine Housset, membre du conseil d’administration, m’ont notamment écrit :

« Notre organisation se bat depuis sa création pour qu’il n’y ait pas de doute sur son apolitisme. Son objet social n’intègre pas la lutte contre le racisme… »

et également :

« Encore faudrait-il, en l’occurrence, que cette manifestation n’ait pas été organisée par un parti souvent critiqué pour son attitude à l’égard des juifs qui, tu l’imagines, font partie de nos donateurs. »

Je considère que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme touche aux fondements mêmes de notre pacte républicain et ne devrait jamais être réduite à un clivage partisan.

Nos concitoyens juifs, comme tous nos concitoyens, ne sauraient être réduits à des catégories de donateurs ou d’intérêts. La lutte contre l’antisémitisme mérite infiniment mieux.

Une présidente d’association reste aussi une citoyenne.

Et il faut aujourd’hui distinguer ce qui est politique au sens de la polis — la cité, le vivre-ensemble — de ce qui est partisan.

Je quitte donc mes fonctions avec un peu de tristesse, mais sans renoncer à ce qui guide mon engagement depuis toujours : la dignité humaine, la justice et la défense du vivant. »

90% des médias parlent de démission. En réalité, elle s’est fait virer, puisqu’une procédure de révocation avait été engagée contre elle « à l’unanimité des membres du conseil d’administration ». Le titre de Libération est d’ailleurs plus conforme à la réalité : « La présidente du WWF France mise à la porte après avoir participé au rassemblement antiraciste de Bally Bagayoko à Saint-Denis ». Ou encore ce qu’en dit Mediapart : « Manifester son antiracisme est-il incompatible avec l’engagement « pour le vivant et la biodiversité » ? C’est l’amère leçon que vient d’infliger le conseil d’administration français de l’ONG environnementale World Wildlife Fund (WWF) à sa présidente Alexandra Palt, qui a préféré démissionner avant de recevoir sa lettre de destitution »

Les commentaires sur X sont par contre à 90% scandalisés, on y parle « honneur perdu du WWF », décision « lunaire », « maccarthysme », etc. Et (« si c’est avéré ») certains envisagent d’arrêter leur contribution financière. On ne peut que les y encourager. Il doit y avoir une multitude d’organisations plus respectables, dans le domaine de la défense des animaux, ou plus largement de l’environnement, ou même des peuples autochtones — qui sont par ailleurs de grands défenseurs de la nature, parfois même expulsés et violentés par le WWF (voir plus bas).

Parmi les très nombreuses réactions (à ce jour, 450 commentaires sur LinkedIn et 5 000 « like »), je voudrais en épingler quelques-unes, de personnalités connues ou d’anonymes :

Claire Nouvian : «On choisit son camp dans la vie : les valeurs matérielles ou immatérielles. Le WWF a choisi. Honte à eux, force à vous.»

Olivier Faure : «Tout mon soutien à toi chère Alexandra. Cette démission t’honore comme ton parcours et tes combats de longue date. L’antiracisme n’a besoin d’être dans l’objet social d’aucune association pour que sa présidente se rende à une manifestation. Il devrait être le minimum commun de tous les républicains.» (sur X)

Gabriel Malek : «(…) Etonnante ONG qui prétend qu’on pourrait défendre le vivant sans combattre le racisme. A quoi bon protéger la biodiversité si on ferme les yeux sur la détresse humaine ? Quel est le sens de sauver des baleines à bosse si on est indifférent au sort des migrants qui se noient en Méditerranée ? Séparer les luttes écologistes et sociales est une aberration. L’écologie engage avant tout une vision de la société. Elle est politique (…)»

et la mienne : «Je salue votre décision courageuse, et vous soutiens pleinement. Il n’est pas facile d’être en porte-à-faux avec son “employeur” et de subir ce genre de mise en cause parfaitement injustifiée. (…)»

Le WWF a publié un deuxième communiqué pour tenter de se justifier, mais le mal est fait – et mon impression est que cet épisode aura ouvert les yeux de beaucoup sur ce qui peut se cacher derrière le positionnement « apolitique » du WWF. Outre les multiples réactions individuelles, des associations telles que Réseau Action Climat ont estimé nécessaire de clarifier leur position et de rappeler « Bien que le cœur de notre activité soit la lutte contre les dégradations environnementales, notre engagement et nos travaux ne peuvent faire abstraction des autres enjeux qui menacent la cohésion sociale et le vivre ensemble. » (voir Post sur LinkedIn)

Pourquoi cet événement était prévisible ?

Le WWF, à la différence d’autres organisations de défense de l’environnement, se veut très détaché de la politique et de toutes les questions de société. Mais, comme on peut le voir en particulier dans l’article « Parks need peoples » (2015), l’organisation est très liée aux grandes entreprises. Et surtout à de nombreuses entreprises dont l’action a précisément pour conséquence la destruction de la nature…

Une longue polémique, allant jusqu’à un arbitrage de l’OCDE, a longtemps opposé Survival International au WWF, en particulier concernant l’expulsion violente des Bakas (Cameroun) de leurs terres par des brigades anti-braconnage financées par le WWF.

A propos du WWF, on trouvera toutes les informations utiles sur l’excellent « Ecolopedia »

À développer éventuellement : les liens entre le WWF et le prince Bernhard des Pays-Bas (1911-2004), qui a été le premier président et cofondateur du WWF de 1962 à 1976. « Derrière son image publique de fervent défenseur de la nature, l’homme d’État dissimulait un passé particulièrement trouble marqué par des scandales politiques et des liaisons idéologiques sombres. » (dixit Gemini)

À développer éventuellement : pourquoi les violentes polémiques entre Stephen Corry (Survival International) et le WWF m’avaient dissuadé de créer une antenne de Survival International en Belgique. Je n’ai ni le goût des polémiques, ni la capacité à supporter les torrents d’injures et les attaques personnelles subies à l’époque par les dirigeants de Survival, en raison de leurs actions mettant en cause des multinationales ou des États. En outre, la lutte contre le WWF était quasiment devenue l’objet social de l’association, ce que je trouvais pour le moins excessif.

Qui est Alexandra Palt ?

« Alexandra Palt est une juriste de nationalité autrichienne, anciennement présidente du WWF-France. Auparavant, elle a été directrice générale de la responsabilité sociétale et environnementale du groupe L’Oréal et directrice générale de la Fondation L’Oréal » (source : Wikipedia).

Alexandra Palt

Elle a un parcours professionnel, des soutiens et des centres d’intérêt plutôt classiques (voir son profil LinkedIn). Si son seul tort est d’avoir participé à une manifestation contre le racisme et d’avoir publié un post tout à fait respectable sur LinkedIn

On sentait déjà dans ses activités ce souci de ne pas limiter l’écologie à la défense des souris vertes du nord-est du Kamchatka, mais de l’inscrire dans une société plus juste et solidaire. Peut-être que cela n’a pas plu à tout le monde… Voir par exemple sa vidéo Et si on changeait la façon de parler d’écologie ? et la production du rapport « Récits pour une écologie populaire : renouer avec les préoccupations des Français« .


Voir aussi, sur www.entropies.net

Et sur le site de Survival International


P.S. : tout ce que j’ai écrit est absolument correct, mais « probablement » orienté – surtout à cause de mon engagement pour les peuples autochtones, et de ma croyance profonde dans le fait que tout est lié : respect pour la nature, pour les individus et pour les peuples. Si certains souhaitent une version plus « lisse » de cet événement, prétendument neutre, voici ce qu’en dit une intelligence artificielle américaine et « apolitique »…


Mise-à-jour du 1er juin 2026

Reporterre (excellent média indépendant) a publié ce 1er juin un article plus virulent que le mien : «Le WWF est né du racisme, du colonialisme et du capitalisme», un entretien avec Guillaume Blanc, historien et auteur de «L’invention du colonialisme vert: Pour en finir avec le mythe de l’Eden Africain»

Mise-à-jour du 2 juin 2026

Petite précision du jour quant aux allégations du WWF de « dysfonctionnements managériaux d’Alexandra Palt au sein de l’organisation ». Nous connaîtrons peut-être un jour les détails de cette mise en cause. Rappelons simplement pour l’instant qu’Alexandra Palt était Présidente bénévole du Conseil d’Administration, c’est-à-dire sans fonction exécutive. Si dysfonctionnements il y a, il s’agit donc de dysfonctionnements dans la gestion du CA et non dans la gestion de l’organisation proprement dite.

Mise-à-jour du 3 juin 2026

Pour ceux qui préfèrent en rire ou regarder YouTube, voici un excellent résumé de mon article… La séquence commence à 8:35 et dure 4:40 – Akim Omiri aura fait plus pour convaincre (sur l’antiracisme, l’antisémitisme, l’apolitisme, et même les peuples autochtones) et touché plus de gens que ce que tous les articles pourront jamais faire…

Remerciements à Mathieu pour me l’avoir signalé, et à Matthieu Pigasse pour tenter de résister à l’emprise totale et dangereuse de Vincent Bolloré via son groupe de médias Combat (Radio Nova, les Inrocks).


En savoir plus sur entropies

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire