Avec Eric et Marine !

Bien évidemment il ne s’agit pas de Marine Le Pen (MLP) ni d’Eric Zemmour (qui aurait pu y croire… ?), mais d’Eric Piolle et de Marine Tondelier. Je vous les présente plus loin, après avoir expliqué ce qui m’a conduit au choix d’Eric Piolle comme président en 2027. Dans cet article, je m’amuse un peu à jouer l’analyste politique, à faire de la stratégie, mais aussi à ne pas être vraiment objectif, et probablement à prendre mes désirs pour des réalités. Le tout est d’en être conscient…

C’est également la première fois que je sors de ma réserve, et que je m’engage de façon aussi claire. Dans tous les articles écrits jusqu’à présent, on sent une critique appuyée de la société dans laquelle nous vivons, du capitalisme générateur intrinsèque d’inégalités, de la destruction de la planète et des peuples autochtones. Mais arrive un moment où il ne suffit plus de critiquer, ni même de mettre en pratique des changements concrets et naturellement locaux. Leur accompagnement par un changement politique fort s’impose à nous, et c’est la raison de mon engagement.

Vous pourriez enfin vous demander pourquoi je parle autant de la situation politique en France : outre sa valeur symbolique (largement supérieure aux niveaux européen et mondial à celle que peut avoir un changement en Belgique), la polarisation induite par l’élection présidentielle a des conséquences plus nettes : que les écolos participent au gouvernement en Belgique est relativement anecdotique, qu’un écolo devienne président en France aura une visibilité et un impact et bien plus forts (c’est également vrai si cela devait être l’extrême-droite qui l’emporte).

Pourquoi la présidentielle de 2027 est-elle une élection critique ?

Les petits gestes et l’alignement de son mode de vie sur ses convictions (économies d’énergie, bio, circuits courts, autre mobilité, etc…) sont absolument nécessaires mais ne seront pas suffisants. Le travail des associations (et l’engagement d’un nombre croissant de personnes dans une forme de militantisme associatif) est également fondamental. Absolument nécessaire, mais pas suffisant.

En effet, il reste plein de leviers critiques qui sont dans les mains des différents pouvoirs, locaux, régionaux et nationaux. Pour accompagner (ou décourager) les individus et les associations, pour faire évoluer le cadre réglementaire et les politiques publiques. Et en démocratie, le choix appartient aux électeurs, ce choix nous appartient, de porter au pouvoir, à tous les échelons, des mouvements et des personnes qui vont pouvoir soutenir ces changements radicaux indispensables. Face au dérèglement climatique, à l’effondrement de la biodiversité et à l’évolution dramatique des injustices et de l’oppression à travers le monde, le temps des petits pas n’est plus (c’est même trop souvent un pas en avant, et deux en arrière…) : il faut une transformation des politiques publiques, beaucoup plus claire et plus franche, transformation qui doit aussi viser à rendre les changements possibles et acceptables pour tous.

J’ai toujours pensé que le clivage fondamental n’était plus tant gauche/droite que écologiste/productiviste. Que ce qui importe, c’est une autre relation à la nature mais aussi au travail, à la société et même à soi-même. Ce clivage ne remplace pas totalement l’ancien clivage gauche/droite, et il reste par exemple certains écolos pas très concernés par la justice sociale, ou certains « progressistes » attachés au vieux modèle productiviste. Heureusement, l’évolution de ces dernières années s’est faite vers l’écologie, et vers une remise en cause plus radicale du modèle dominant, capitaliste, libéral et productiviste.

En 2027, pour la première fois en Europe, voire dans le monde, les écologistes seront en mesure d’influer vraiment sur les décisions critiques à venir, même si les forces d’opposition, politiques et surtout économiques, montreraient alors tout le mal dont elles sont capables, toute leur mauvaise foi, leur pouvoir et leur inventivité pour rendre la mise en œuvre de ces changements impossible.

Il nous appartient à tous de contribuer à montrer qu’on peut vivre bien sans jet privé, voire même sans voiture individuelle, qu’on peut manger mieux et plus local, qu’on peut se chauffer de manière plus écologique ET plus économique, bref qu’on peut vivre mieux tout en faisant preuve de sobriété et en étant plus en harmonie avec la nature – voir par exemple La décroissance heureuse de Maurizio Pallante, « Less is More – How degrowth will save the world » de Jason Hickel ou « Ralentir ou périr – L’économie de la décroissance » de Timothée Parrique.

Un peu de stratégie…

Si l’on souhaite qu’un candidat « progressiste » (écologiste de gauche, ou éventuellement venant d’une gauche très écologiste) puisse être élu en 2027, il nous faut réfléchir à la manière d’y arriver, en tenant compte du fait que la France est sociologiquement conservatrice et plutôt à droite. La nouvelle gauche écologique et sociale ne sera toujours pas majoritaire en 2027, malgré une évolution favorable et l’arrivée progressive de jeunes votants de plus en plus sensibles à ces thèmes.

Il faut donc, dès maintenant, travailler à l’émergence de forces en faveur d’une union la plus large possible de la gauche et des écologistes, forces qui devront être majoritaires au sein de chaque formation, afin d’éviter toute dissidence en 2027. Ces forces devront aussi œuvrer en faveur d’une victoire, ce qui supposera d’accepter de soutenir non pas son candidat de cœur, ni le candidat de son parti, mais le candidat le mieux placé pour l’emporter. Et le cas échéant d’accepter qu’un(e) écologiste « proche des thèses des insoumis » sera ce candidat-là.

Après avoir gagné la primaire écolo (s’il y en a une…), il faut gagner la primaire de la gauche (s’il y en a une…) et arriver en tête au premier tour – non pas en tête de la gauche, en tête tout simplement – et c’est ici que l’on voit l’importance d’une dynamique de rassemblement à gauche. Même si certains argueront de l’intérêt d’un réservoir de voix au deuxième tour, le risque de ne pas y être doit l’emporter sur toute autre considération. Il s’agit ici d’accepter, tous ensemble, de tirer toutes les leçons de la défaite de 2002, quand Jean-Marie Le Pen était arrivé au deuxième tour, éliminant d’emblée la gauche. La situation en 2027 ne sera pas identique mais bien comparable : Marine Le Pen étant quasiment assurée d’être au deuxième tour, il faut absolument éviter que la gauche soit éliminée d’emblée, au profit d’une sorte de centriste de droite (à la Macron) qui ne laisserait le choix au deuxième tour qu’entre la peste et le choléra (réédition de 2017 ou de 2022). Un second tour entre extrême-gauche et extrême-droite serait-il souhaitable ? Nous serions des millions à préférer « tout » à l’extrême-droite, et pourtant, la réalité nous rattraperait, le vernis « présentable » du Rassemblement National (RN), le soutien d’une grande partie de la droite, l’abstention et l’ambiguïté d’une grande partie du centre, le soutien massif des milieux économiques et d’une large partie de la presse, tout cela rend le risque d’une victoire RN beaucoup trop grand à mes yeux.

A défaut d’être en tête au premier tour, Marine Le Pen ayant toutes les chances de l’être, il s’agit en tous les cas d’être qualifié, avec un retard pas trop conséquent, pour que personne ne se dise que « c’est plié » et pour qu’il soit possible de mobiliser une frange suffisamment importante de « centristes » qui ne veulent pas de l’extrême-droite. D’où cette impérieuse nécessité d’un candidat « acceptable ». A savoir quelqu’un(e) qui ait de l’expérience et qui soit « raisonnable » aux yeux d’une majorité d’électeurs, et même qui soit sympathique et qui « présente bien »…

Il ne s’agit aucunement d’exclure a priori des profils à la Mélenchon, mais si l’objectif est de gagner en 2027, il s’agit de se rendre compte qu’on ne pourra opposer à Marine Le Pen quelqu’un de « clivant » et qu’il faut au contraire un profil suffisamment « rassembleur ».

En résumé, le scénario « utopique » pour 2027 : émergence d’un candidat rassembleur soutenu par l’ensemble de la gauche et des écologistes, succès au premier tour, mobilisation des électeurs du centre et du centre droit, succès au deuxième, et enfin accompagnement efficace des changements sociaux et écologiques indispensables.

Quel est ce candidat ?

Mon candidat de cœur est sans doute François Ruffin – voir l’article « Merci François ! », mais ses compétences relèvent probablement plus des idées, de la créativité et de la mobilisation que de la capacité à présider, et je lui souhaite de trouver la place qu’il mérite (ministre ou porte-parole par exemple). Il est ici question de battre le candidat de l’extrême-droite au second tour. Le brio oratoire, la jeunesse, la popularité à gauche, le penchant écologique prononcé ne suffiront pas, risquent de ne pas suffire.

J’aurais surtout de loin préféré une femme, mais toutes les femmes qui seraient susceptibles de l’être me paraissent trop clivantes, trop radicales pour arriver à emporter l’adhésion d’une majorité de français. Sans compter que pour être candidat à la présidence, il est sans doute indispensable d’en avoir très fort envie. Il y a de nombreuses députées LFI (La France Insoumise) jeunes et talentueuses : Mathilde Panot, Clémence Guetté, et il y évidemment des femmes chez les écologistes, à commencer par Marine Tondelier, Sandrine Rousseau et Mélanie Vogel. Mais quand on combine la capacité à gouverner, la capacité à rassembler, et un engagement écolo marqué, il ne reste pas grand monde, à moins que n’émerge d’ici à 2027 une figure nouvelle (mais qui aurait néanmoins de l’expérience…).

Après de longues cogitations, le seul écolo, proche de la gauche et même « LFI-compatible », capable de gagner les primaires, de fédérer la gauche (si tant est que ce soit possible), de passer le premier tour et d’élargir ensuite pour gagner le second tour en battant l’extrême-droite me semble être Eric Piolle. Ce n’est pas un choix par défaut, c’est un choix rationnel, avec pour objectif de gagner, de gouverner et de changer la société.

Maire d’une grande ville, ancien cadre chez Hewlett-Packard, cela aura de quoi rassurer face à MLP ou pourquoi pas, face à un Jordan Bardela, peut-être encore plus dangereux, parce qu’il « présente » bien et qu’il est « rassurant » (il s’exprime posément, n’a pas de casseroles extrémistes, etc…).

Il faudra bien entendu qu’il ait vraiment envie d’y aller, et qu’il arrive, le moment venu, à combler son déficit de notoriété. A la lumière de la première élection de Macron, il n’est cependant pas certain que se déclarer « relativement » tard soit un vrai handicap : moins d’usure, moins d’attaques, le fait de se tenir prêt mais de ne pas être candidat déclaré peut être un avantage, pour autant qu’existent déjà des réseaux bien établis et efficaces (même si Emmanuel Macron avait des appuis financiers et médiatiques qu’Eric Piolle n’aura pas). Peut-être même que l’idéal serait la position de « recours », de « sage » que l’on viendrait implorer (comme avec Jacques Delors en 1994).

Pourquoi le ticket Eric / Marine ?

Si on se place dans la perspective d’un candidature d’Eric Piolle, alors l’élection de Marine Tondelier à la tête des écologistes constitue un pas important dans le long chemin d’ici à 2027.

un extrait de « Questions politiques »

J’ai découvert Marine Tondelier presque par hasard, en écoutant « Questions politiques » sur France Inter, un dimanche midi de janvier 2023.

Elle était l’invitée de Thomas Snégaroff – entouré de Nathalie Saint-Cricq (France Télévisions), Carine Bécard (France Inter) et Françoise Fressoz (Le Monde).

Enfin quelqu’un de plus clairement engagé que Yannick Jadot, dont le positionnement très centriste, quasiment Macron-compatible ne me convient pas vraiment.

Marine Tondelier répondait avec beaucoup de calme et de maîtrise à un entretien scandaleusement partisan. On aurait dit non pas un entretien par des journalistes, mais un débat entre 5 personnes engagées politiquement, quatre d’entre elles étant manifestement très peu écolos… J’avais été profondément choqué, et je croyais être le seul. J’ai donc lu avec intérêt le décryptage fouillé effectué par ACRIMED, qui montre en détails les partis pris incroyables de l’ensemble des journalistes.

Marine Tondelier a été la directrice de campagne d’Eric Piolle, ils se connaissent bien, et elle est également très clairement à gauche, cfr. sa participation au combat commun contre la réforme des retraites – voir mon article sur le meeting « Olympe de Gouges » . Quand Eric Piolle devra se positionner plus au centre, son énergie et son militantisme à elle seront parfaits pour mobiliser la gauche autour de sa candidature.

La refondation des écologistes est en cours, et le processus vise à associer très largement les militants et aussi les sympathisants à la définition des nouvelles orientations du mouvement. Cette grande consultation devrait, je l’espère, accoucher d’un positionnement plus radical, et susciter de l’adhésion parmi les millions de personnes sensibles aux thèses écologistes. Même si les jeunes sont aujourd’hui plus engagés dans des mouvements ou des associations que dans des partis, voire se situent délibérément en dehors de toute structure.

Arriver à susciter l’adhésion d’une large majorité

Il me semble en tous les cas indispensable d’arriver à montrer clairement le lien entre les combats écologiques et les luttes sociales, plutôt que de laisser perdurer un sentiment d’opposition entre une écologie de riches, de bobos des villes éduqués et nantis, tandis que les ouvriers et les agriculteurs y seraient forcément opposés. S’il reste malheureusement une frange de la population qui continuera à vouloir gaspiller, polluer, et vivre sans se préoccuper de l’avenir de la planète et de ses petits-enfants, je persiste à croire que cette frange n’est plus (ou bientôt plus) majoritaire, et que les jeunes générations sont bien décidées à penser et à vivre autrement.

Si les villes et la jeunesse sont acquises, il reste néanmoins un travail considérable dans les campagnes et les zones péri-urbaines, où l’attractivité du vieux modèle productiviste et la recherche d’un bonheur passant uniquement par l’acquisition de biens matériels sont encore fortes.

Il faudra souvent favoriser plutôt qu’interdire, mais faire attention à ne pas se baser uniquement sur l’argent – la mobilité est un bon exemple : si on se contente de taxer plus fortement les gros SUV ou les jets privés, cela veut simplement dire qu’on permet aux ultra-riches de continuer à polluer en toute liberté. Et quand des changements tels que les zones à faible émission touchent les catégories défavorisées, ce ne sera pas seulement de la pédagogie qu’il faudra, mais de vraies mesures d’accompagnement. Et toujours rappeler que la liberté individuelle est bornée par celle des autres, et aussi par celle des générations futures. Veillons enfin à ne pas braquer inutilement l’opinion sur des mesurettes symboliques, et concentrons-nous sur les vrais changements d’orientation, ceux qui vont vraiment conditionner l’avenir des générations futures.

Arriver au pouvoir ne sera pas la fin, mais le début d’une confrontation longue et complexe avec de puissants intérêts, qui feront tout pour que ces décisions n’aboutissent pas, si elles sont contraires à leurs intérêts (ce qu’elles seront forcément, leurs intérêts étant précisément de faire un profit maximum, quel que soit le coût social et environnemental).

Les écologistes et la partie de la gauche sincèrement acquise à l’écologie sont les seuls à pouvoir porter réellement non pas une inflexion, mais ce changement radical vers plus de justice sociale et environnementale. C’est par l’établissement de liens de renforcement réciproques entre la contribution individuelle, le rôle des associations et l’appui d’un nouvelle politique que nous aurons une chance d’y arriver…

Quelques liens


NB: la photo de la Servelle a été prise le 21 juillet 2006, depuis la bergerie de Louis (Brette, Drôme)

First draft on January 16, 2023 – Last updated on April 16, 2023

2 réflexions sur « Avec Eric et Marine ! »

  1. Belle analyse, bien documentée, mais qui malheureusement, omet une réflexion sur le système politique français qui confère à la fonction présidentielle une image telle qu’on s’entretue au sein des partis (y compris chez EELV) pour être le/la candidat-e.
    Les primaires sont donc l’occasion de s’étriper et il est souvent difficile, après elles, de fédérer l’ensemble du mouvement, quel qu’il soit, derrière le nom qui en émerge.
    Je n’ai donc pas beaucoup d’espoir.
    Quant à écrire que les villes et la jeunesse sont déjà acquises à une telle vision d’une nécessaire transition écologique, je pense que cela relève aussi du « wishful thinking ». Je crains qu’une vraie catastrophe soit inévitable. Mais peut-être me trompe-je ? Je l’espère !

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