Le titre initialement prévu pour cet article était : « la voiture électrique, une fausse bonne idée ? », et puis j’ai choisi d’élargir la réflexion. Je commencerai par quelques considérations sur la voiture électrique, pour les étendre ensuite à la voiture individuelle, quel que soit son mode de propulsion.
Ceci n’est en aucun cas une étude scientifique, il y en a tellement, et tellement de chiffres fantaisistes, dans tous les sens, mais plutôt une analyse personnelle globale.
Et pour ceux qui iront jusqu’au 5ème Post Scriptum, un moment de détente engagé avec Alex Vizorek, sur la marche, les retraites, les castors, les SDF, Marseille, Andorre, le Mexique et la Corse, tout cela en trois minutes !
Clairement, je n’ai plus aucune qualification scientifique sur le sujet, mais pour la petite histoire je me suis amusé à relire les deux premières pages de mon travail de fin d’études («Etude d’une commande de véhicule électrique à hacheur*», 1978), les deux seules pages précisément « non-scientifiques »… tout n’était pas idiot, tant s’en faut…
* Le convertisseur électronique appelé hacheur permet de faire varier la tension aux bornes du moteur et par conséquent la vitesse. Il agit par découpage de la tension d’où son nom de « hacheur ».
Une première notion très souvent mal appréhendée est la notion de « Coût Total Energétique », ce CTE comprenant bien évidemment la consommation du véhicule, mais aussi le coût énergétique de construction, d’élimination, celui des infrastructures associées (routes, parkings, etc…). La comparaison entre électrique et thermique ne tourne possiblement à l’avantage de l’électrique que si l’électricité utilisée est majoritairement ou entièrement d’origine renouvelable, et que si le poids des batteries est réduit. La consommation énergétique d’un véhicule en mouvement est en effet fonction des frottements (ex. coefficient de pénétration dans l’air), de la vitesse (au carré) et du poids du véhicule. Le seul avantage incontestable de la voiture électrique est la réduction du bruit et surtout des émissions de particules fines, ce qui peut avoir une importance non négligeable, surtout en ville. Sur l’augmentation du poids des véhicules qui annule tout bénéficie écologique, voir l’excellent article de Tommaso Pardi : «Electrifier des voitures lourdes et puissantes est un non-sens écologique, industriel et social» (article réservé aux abonnés, mais je peux vous envoyer une copie)
Je vous laisse le soin d’imaginer la comparaison en termes de CTE entre la voiture individuelle et les autres modes de transport terrestres individuels (vélo, marche à pied) ou collectifs (train, métro, bus). Les voitures partagées ont un vrai avantage en terme de CTE (moins de voitures à produire et à éliminer) et également en terme d’occupation des sols, point critique dans l’aménagement de l’espace urbain.
Notons encore que la seule vraie manière de réduire les nuisances liées aux déplacements est de réduire les déplacements. Il ne s’agit pas ici de verser dans une écologie punitive ou mortifère, mais de simplement se rendre compte que toutes les activités sont génératrices d’entropie, que la « mort » est quasiment la seule manière de tendre vers une entropie nulle, ce qui n’est pas vraiment ce je souhaite… Une organisation différente de nos espaces, de la proximité entre travail et domicile, et une consommation essentiellement locale sont ici des facteurs critiques. Voir les autres articles où j’explique l’entropie plus en détails.
La seule solution pérenne semble être le remplacement de la voiture individuelle, ce qui suppose une offre infiniment supérieure de transport en commun, d’un point de vue prix, fréquence, confort, accessibilité, ainsi qu’une amélioration considérable des liens entre réseaux (typiquement entre train et métro). Il faut évidemment plus de voitures partagées et de taxis, pourquoi pas subsidiés partiellement par la collectivité. Notons qu’aujourd’hui, même si l’automobiliste participe par le biais des taxes sur le carburant, il est probable que le résultat net soit un subside de la collectivité à la voiture individuelle, si l’on prend en compte l’ensemble des coûts directs (routes, ponts, espace occupé, etc…) et indirects (coûts de santé liés à la pollution, aux accidents, etc…).
Et il faudrait surtout beaucoup d’imagination !
« Conclusion »… Une ville sans voiture est possible, une vie sans voiture individuelle est possible. Dans quelques années (ou décennies, ou siècles ?), je suis convaincu que la voiture individuelle sera vue comme un accident de l’histoire.
Nos arrières petits enfants penseront à nous comme étant des barbares, des hommes préhistoriques, perdant leur temps quand ce n’est pas leur vie d’une manière totalement incompréhensible...

PS 1 : J’ai évidemment oublié de parler de la voiture autonome, dont les tests sont déjà fort avancés. Bien sûr si elle est basée sur du Windows, de temps en temps elle risque de tourner à droite quand vous lui demandez de tourner à gauche. Bien sûr si elle utilise Google Maps, elle risque d’emprunter des routes excepté circulation locale, et de ne pas toujours choisir le bon itinéraire… Bien sûr si c’est une Tesla, elle risque d’avoir des problèmes avec le blanc et de rentrer dans un mur… Mais dans quelques années, quand ces petits « détails » seront résolus, nous pourrons lire et converser en toute sécurité. Il restera à résoudre quelques dilemmes éthiques, extrêmement compliqués, mais à revisiter à la lumière d’un nombre de morts divisé au moins par 10 !
PS 2 : Et au-delà de toutes les considérations précédentes se pose encore la question de l’allocation optimale des ressources forcément limitées de la collectivité, d’où par exemple la nécessité de privilégier plutôt l’isolation thermique, en particulier des plus fragiles économiquement, que de donner des primes à ceux qui achètent une Tesla. Même si bien entendu les ressources consacrées à la lutte contre le changement climatique et la perte de biodiversité devraient être considérablement augmentées (*10, *20, *100 ?). Comme l’a fort bien montré Nicholas Stern, économiste britannique peu suspect de sympathies écolo-gauchistes, ce serait tout simplement un investissement économiquement rentable rapporté aux coûts de l’inaction qui nous attendent…
PS 3 : J’en oubliais presque André Gorz. Merci à Gille Raveaud et à Eric Aeschimann d’avoir aimé son Tweet !
PS 4 : merci à Hervé Kempf d’avoir partagé
PS 5 : merci enfin à Alex Vizorek de nous faire rire et aussi réfléchir !
Tweet de ce matin 15 janvier 2023 : Merci @alexvizorek pour ce moment de rire intelligent sur la marche, les retraites, les castors, les SDF, Andorre, le Mexique et la Corse, tout cela en trois minutes ! voir https://entropies.net/2023/01/02/la-voiture-individuelle-un-accident-de-lhistoire/ via @vassart @EricPiolle @JulietteBoulet @LarameeDe @ericaeschimann
Last updated on March 15, 2023
Merci pour cet article dont l’inspiration remonte à plus de 4 décennies. On pourrait en déduire que nous n’avons guère avancé depuis 1978. Les commentaires émis à l’époque s’avèrent visionnaires mais nous n’en avons malheureusement pas appliqué tous les prescrits.
Mes quelques autres commentaires sont les suivants :
– L’article semble principalement concerner la notion de voiture individuelle en ville mais qu’en est-il dans les campagnes, là où des gens devront continuer à vivre (ne fusse que pour pouvoir nourrir les centres urbains) et où les distances sont plus importantes avec un réseau moindre de transport public ? Peut-on y considérer que la voiture individuelle y garde tout son sens et que celle-ci pourrait même y demeurer thermique (plutôt qu’électrique) vu le besoin accru d’autonomie ?
– Concernant les particules fines, quelle est la part de celles qui sont émises par le roulage (freinage et frottement des pneus sur le bitume) par rapport aux émissions thermiques (cette quantité demeurant la même pour les 2 types de véhicule) ?
En conclusion, je partage le raisonnement sur la notion de voiture partagée (électrique ou hybride) dans un environnement urbain.
Ma vision est beaucoup moins claire concernant un environnement rural.
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Merci beaucoup pour tes commentaires !
Ma vision est également moins claire pour l’environnement rural, que j’ai connu aussi il y a bien longtemps (Barsy) et que je pratique un peu depuis quelques années, mes enfants et petits-enfants habitant à Bouvignies.
Je réfléchis encore à la possibilité, qui me semble réaliste même si nettement plus difficile à mettre en oeuvre, de voitures partagées plutôt qu’individuelles, y compris donc dans les campagnes, quelque soit leur motorisation, et dans un premier temps non autonomes.
Je n’ai pas encore cherché les données sur les particules fines, mais je crois que la part du roulage est probablement plus importante que ce qu’on aurait tendance à croire.
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Je modifierais volontiers un peu la conclusion : une ville sans voiture est possible, une vie sans voiture individuelle est possible… Selon moi, des voitures partagées (idéalement) resteront encore longtemps utiles pour les habitants de nos villages. Tout le monde n’habite pas en ville !
Et si ces véhicules sont nécessaires, autant qu’ils soient électriques et alimentés par de l’électricité « verte ».
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Merci beaucoup pour ton commentaire, avec lequel je suis bien entendu entièrement d’accord ! Et je viens de faire la modification suggérée…
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