Santiago, Italia

Je suis extrêmement reconnaissant à Nanni Moretti, pour ses films et ses combats. Depuis Caro Diario (Journal Intime, en 1993), qui m’avait profondément touché, je ne pourrais pas en rater un…

« Santiago, Italia » est intéressant à plus d’un titre : j’avais 17 ans quand le coup d’état a eu lieu au Chili, c’était la rentrée universitaire, et j’ai fort peu de souvenirs directs. Depuis lors, mon intérêt pour l’Amérique latine n’a cessé de grandir, et j’ai vu de nombreux films ou documentaires qui évoquent ces événements. Celui-ci apporte cependant un éclairage nouveau, et offre des résonances universelles passionnantes, que ce soit en Amérique latine ou en Europe.

en Amérique Latine…

Evidemment, me dites-vous sans cesse, ce qui se passe depuis quelques mois au Venezuela ne peut être comparé à ce qui s’est passé en 1973 au Chili… Evidemment, Nicula Maduro n’est pas Salvador Allende; ce dernier était irréprochable, sur son élection, sur ses résultats économiques, sur le respect des libertés, sur son entourage; Nicola Maduro l’est beaucoup moins…

Il n’empêche qu’il y a, vu sous beaucoup d’autres angles, tellement de similitudes entre tous les pays d’Amérique Latine, entre tous les coups d’états suscités, organisés, financés, appuyés par les Etats-Unis qu’on ne voudrait pas être un dirigeant un tant soit peu « progressiste » dans ces conditions-là. Comme le montre bien ce documentaire d’Arte (« Amérique latine, l’année de tous les dangers »), où Marco Enriquez-Ominami, candidat malheureux à la présidentielle chilienne de 2017, s’entretient avec de nombreux dirigeants latino-américains – dont Rafael Correa, ancien président d’Equateur, pas vraiment un « révolutionnaire » et exilé en Belgique.

Je ne parierais pas un peso sur la survie des trois ou quatre exceptions qui subsistent encore (Nicaragua, Cuba, Venezuela), tellement l’indigence de leurs dirigeants combinée aux moyens colossaux mis en oeuvre pour les déstabiliser ne peut que mal se terminer. Peut-être la Bolivie et Sainte-Lucie pourront-elles résister quelques années de plus ?

Des « aventures » qui vont mal se terminer pour les dirigeants, mais malheureusement aussi pour la grande majorité de la population; mis à part la grande bourgeoisie, qui va bien sûr pouvoir « revivre » – et toute une classe moyenne qui, comme partout dans le monde, soutient paradoxalement des dirigeants qui vont lui accorder quelques miettes, mais finalement oeuvrer avant tout à satisfaire ceux qui les ont portés au pouvoir.

Et c’est ainsi que le monde se réveille, après une transition « démocratique » comme au Brésil (nous y reviendrons), et découvre enfin le vrai visage de Jair Bolsonaro. Quand l’Amazonie et ses peuples autochtones auront été presque totalement détruits, ne sera-t-il pas un peu tard pour enfin se poser les bonnes questions… ?

… et en Europe

Lentement, le film glisse vers ce qu’était l’Italie en 1973 et la manière dont les réfugiés chiliens ont été accueillis. Moins de 50 ans se sont écoulés, et nous vivons aujourd’hui, en Belgique, en France, en Europe, dans un monde radicalement différent. Un monde que nous avons contribué à construire.

Un monde tellement plus solidaire, dans lequel plus personne ne manque de rien, où tout le monde est tellement plus heureux, grâce au progrès et à l’abondance de biens matériels… Un modèle tellement exceptionnel pour tous, dans sa relation à la nature, dans la réduction des injustices, que nos démocraties « avancées » en arrivent à soutenir Donald Trump pour l’imposer partout. Surtout, qu’il ne subsiste aucun endroit où on pourrait croire qu’une alternative est possible…

En guise de conclusion provisoire, je suis très conscient qu’il restera comme toujours la question du « Que faire ? » – à part dénoncer, informer, expliquer…

Je continuerai à susciter le questionnement sur le traitement de l’information (voir le billet du 24 février 2019 « Venezuela – Fake News ?« ) et sur le soutien étonnant que de nombreux médias et nombreuses organisations cataloguées comme progressistes apportent à l’extrême-droite américaine, « consciemment » ou non – dans les deux cas, cela me semble grave.

A propos du film, voir aussi :

Last updated on January 10, 2023

2 réflexions sur « Santiago, Italia »

  1. Merci Michel pour ce point de vue avisé sur l’évolution politique de ces dernières décennies. Les temps sont décidément difficiles pour les progressistes dans de nombreux régions du monde. La question est de savoir si le sursaut surviendra un jour et si c’est le cas, ne sera-t-il pas trop tard ?

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  2. Tu sais que je suis (un peu) plus optimiste que toi, et que je veux encore croire qu’il nous reste une (petite) possibilité d’éviter « l’effondrement », la sixième extinction, ou le passage par une phase post-apocalyptique du style « Mad Max » ou « Simon du Fleuve »…

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