La fin du monde blanc

Le titre de ce billet est « emprunté » au titre d’un article paru dans l’excellent magazine « Imagine » (numéro 140, septembre-octobre 2020). Dans cet entretien, « la politologue Olivia Umurerwa Rutazibwa défend l’abolition de la police et de l’aide au développement pour éradiquer des formes persistantes de racisme et de colonialisme au sein de la société occidentale.»

« Enseignante-chercheuse à l’université de Portsmouth, au Royaume-Uni, Olivia Umurerwa Rutazibwa interroge les politiques internationales dans une perspective décoloniale, consistant à déconstruire les mythes vivaces concernant l’Afrique et l’Occident, à ne plus imposer le silence aux pensées du Sud et à opter pour des stratégies anticoloniales » (in Le Monde, « Dix femmes qui pensent l’Afrique et le monde« , 27 novembre 2018)

« L’aide au développement est selon moi une forme de gouvernance coloniale aux temps postcoloniaux »

Sa pensée radicale est centrée sur le racisme, la décolonisation et la réparation. Plus spécifiquement, concernant l’aide au développement, Olivia Umurerwa Rutazibwa remet en cause le principe même de l’aide, ce qui est relativement rare.

Même dans les ONG les plus progressistes, on retombe vite sur un discours et une pratique de type « aide ». Les évolutions sémantiques (transformation de l’ »Aide au développement » en « Coopération au développement », parfois même abandon du terme « développement ») sont nécessaires mais loin d’être suffisantes. Au-delà des symboles, adapter nos structures mentales et nos comportements sera nettement plus long et difficile…

Quelques rares ONG semblent se démarquer du discours dominant sur la coopération, telles SOS Faim (merci Vincent !). Mais la prétendue supériorité du Nord a fort bien percolé au Sud, et pas uniquement chez les élites. Même l’agriculteur invité à venir “partager” ses connaissances aura souvent peu confiance en ses propres pratiques, et risque fort d’être “fasciné” par cette apparente réussite du Nord, de sorte que l’échange voulu égal ne l’est finalement pas.

Encore un extrait de l’article du Monde : « (…) ce qui amène, par exemple, l’enseignante-chercheuse à conceptualiser la notion rwandaise antécoloniale d’« agaciro » pour penser autonomie et estime de soi – afin de démultiplier les approches pour construire, selon l’utopie zapatiste, un monde dans lequel plusieurs mondes sont possibles. Un monde non pas universel mais pluriversel. »

Si ses points de départ et son histoire sont (forcément) différents des miens, je me réjouis de retrouver autant de convergences, par exemple sur cette nécessité de « plusieurs mondes » ou sur sa profonde critique du capitalisme, et bien entendu sur la coopération au développement. Voir mes autres articles parlant de colonisation et de coopération, ainsi que voir le chapitre 4 de “Et si le Sud aidait le Nord ?”.

A propos d’Olivia Umurerwa Rutazibwa, outre les articles d’Imagine et du Monde cités plus haut, voir également :

PS : la photo est celle d’un autre monde blanc dont la fin s’annonce… – de gauche à droite, Lancebranlette, une ligne à haute tension, la face Sud du Mont-Blanc, l’Hospice et le col du petit Saint-Bernard, les grandes Jorasses.

Last updated on January 17, 2023

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