Venezuela – Fake news ?

Attention, cet article remonte à février 2019...

Que les choses soient claires dès le départ, je ne suis pas Jean-Luc Mélenchon, je ne suis pas membre de la France Insoumise, et je ne soutiens aucunement la “dictature” de Nicolas Maduro (émoticône clin d’oeil)

Cela ne doit pas nous empêcher ni de réfléchir, ni de rester critique par rapport à une possible intervention militaire de Donald Trump, soutenu du reste par l’Europe entière, à l’exception des régimes “populistes” (et que les choses soient claires, je ne soutiens ni Salvini, ni Orban…).

En effet, je n’ai pas les éléments pour dire si cette intervention serait justifiée ou non, je souhaiterais uniquement que toutes ces mesures de “rétorsion” occidentale soient véritablement justifiées, et pas uniquement basées sur des témoignages partiaux ou sur des faits incorrects.

Mutatis mutandis, nous sommes dans une situation qui rappelle quand même l’intervention occidentale en Irak, justifiée par des armes de destruction massive qui se sont avérées clairement imaginaires, ou plutôt inventées par Dick Cheney pour sécuriser « notre » approvisionnement en pétrole, et accessoirement alimenter certaines entreprises d’armement états-uniennes (et que les choses soient claires, je n’ai jamais été partisan de Saddam Hussein…)

A propos des témoignages partiaux

Encore un énième exemple ce matin au journal de 9h sur France Inter, radio généralement qualifiée de “progressiste”. On y entend les opposants uniquement crier leur douleur, leur colère, leur faim, dénoncer les médicaments “brûlés”, l’aide humanitaire bloquée à la frontière par l’affreux révolutionnaire au couteau entre les dents, etc…

Il est bien clair qu’une frange importante de la population vénézuélienne, surtout la classe moyenne urbaine, supporte très mal la situation de pénurie, évidemment inacceptable et incompréhensible dans un pays qui possède les richesses pétrolières les plus importantes du monde.

Cette situation n’est pas justifiable, et elle s’explique par une corruption endémique depuis des dizaines d’années, une dégradation des installations pétrolières liée à cette corruption et à des erreurs de gestion manifestes (consubstantielles ou non à la nature du régime, ce n’est pas vraiment la question que nous traitons aujourd’hui).

Cela étant, il reste au Venezuela des soutiens du régime actuel, même si ceux qui veulent un changement de président s’expriment plus fort, sont mieux relayés, et sont peut-être même majoritaires (que les choses soient claires, je ne défends pas le régime actuel, et encore moins tous les excès ou débordements dont ses soutiens peuvent être capables)

A propos des faits incorrects

Une quantité impressionnante de faits sont très probablement avérés et corrects. Néanmoins, dans un cas emblématique que je vais détailler, j’ai des sérieux doutes sur l’exactitude de ces faits montés en épingle, et utilisés pour justifier des contre vérités.

Prenons l’exemple de l’article de Daniel Cohen dans l’Obs, référencé dans le mail que je lui ai envoyé ce jeudi 21 février 2019, et à ce jour resté sans réponse…

Cher Daniel Cohen,
Dans un article intitulé “VENEZUELA, DU PÉTROLE À LA FAIM” publié dans l’Obs du 14 février 2019, vous écrivez : “Faute d’une alimentation suffisante, la population a perdu 11 kilos par personne en moyenne au cours de la seule année 2017”.
Pour de multiples raisons, cette information me paraît assez peu vraisemblable, même si on la retrouve dans tous les journaux et à la télévision. Vous serait-il possible de fournir la source que vous avez utilisée, je veux dire la source première – et non pas uniquement un autre article qui ne citerait pas de source « validée scientifiquement » ?
Je vous remercie pour votre réponse.
Bien à vous,

Faites une recherche Google sur “Venezuela perte de poids”, et vous trouverez une quantité impressionnante de “relais”, mais absolument rien sur la source, et pour cause puisque cette information me paraît absolument invraisemblable.

“On” nous annonce que “Faute d’une alimentation suffisante, la population a perdu 11 kilos par personne en moyenne au cours de la seule année 2017”. Et “on” nous avait déjà annoncé une perte de poids moyenne de 8,6 kilos en 2016, ce qui  nous fait donc 20 kilos en 2 ans…, ou même plus, puisque la situation continuant à empirer, les vénézuéliens auront continué à perdre du poids en 2018 et en 2019 !

Puisqu’il s’agit bien d’une moyenne, elle prend en compte tous les bébés et enfants qui pèsent moins que 11 kilos… Cette moyenne porte bien sur l’ensemble de la population, y compris les peuples traditionnels de la partie vénézuélienne de l’Amazonie, qui sont pourtant en autonomie complète et peu susceptibles d’être affectés par les problèmes d’approvisionnement de Caracas. Mais je reconnais volontiers qu’ils sont de moins en moins nombreux et auront bientôt disparu…

Vu de manière un peu caricaturale, en ce qui concerne les adultes de la classe moyenne vivant en ville, on devrait tendre vers 0 kilo de poids moyen, voire même atteindre des poids négatifs…

Plus fondamentalement, sur le principe de ce type de « fausse nouvelle » ou à tout le moins d’ « approximation regrettable », je crois qu’il serait opportun d’éviter qu’elle serve à justifier des titres spectaculaires, voire même à nous conforter dans notre compassion vis-à-vis des malheurs de la population, et dans notre sympathie vis-à-vis du jeune, dynamique et très présentable Juan Gaido.

Pour compléter ce tableau extrêmement préliminaire et partiel, je voudrais vous renvoyer à l’interview de Rafael Correa dans “Le Soir” du 9 février 2019 intitulé «Il y a une indignation sélective sur le Venezuela» (lien en ligne réservé aux abonnés – pour les gens occupés, voir tout en bas de l’article et en accès libre la vignette vidéo de 1 minute – copie de l’article sur demande…)

Rafael Correa n’est pas particulièrement un gauchiste décervelé : c’est l’ancien président d’Equateur, il est marié avec une belge louvaniste, et quand il était président, il a mené une politique dite de gauche, mais qui à l’égard des Indiens d’Amazonie vivant en Équateur, était pour le moins contestable (source : entretien direct avec un représentant de la communauté Sarayaku qui disait Correa assez proche des compagnies pétrolières, qui sont vraiment à l’extrême limite de la légalité, quand il s’agit de d’expulser et de s’approprier des territoires indigènes…)

Voilà : il y aura une suite à ce billet, je ne sais pas encore laquelle en fonction de la suite des événements, mais je vous tiendrai en tous les cas au courant de la réponse de Daniel Cohen, si réponse il y a…

Et pour terminer, que les choses soient claires : je n’ai aucune tendance « complotiste », mais ce qui s’est déjà produit à de multiples reprises en Amérique latine peut susciter quelques craintes qui me semblent « légitimes ». Je pense entre autres au coup d’état contre Allende au Chili, à de nombreuses « interventions » au Guatemala et dans plusieurs pays l’Amérique centrale, ou très récemment au Brésil avec les conditions « particulières » de l’élection de Jair Bolsonaro. Ces craintes sont d’autant plus fortes que Donald Trump s’est promis de « récupérer » le Venezuela par « tous les moyens »…

PS : j’ai pris cette photo en 1979, dans le désert de la Guajira, en Colombie, que bien naïvement je ne savais pas être dangereux. J’arrivais en Amérique du Sud, après avoir embarqué sur un bateau « un peu louche » à Colon, Panama, pour éviter de devoir prendre l’avion entre le Panama et la Colombie. J’avais demandé où ils allaient en Colombie, ils m’avaient répondu, « t’inquiète, on va en Colombie ». Nous sommes donc arrivés non pas dans un port mais dans le désert, « on » a installé quelques planches pour débarquer quelques centaines de télévisions, j’ai quitté le bateau et embarqué « en stop » à l’arrière d’un camion, couché sur des milliers de cannettes de Heineken en provenance d’Aruba. Arrêtés à de multiples reprises par des contrôles de police, j’ai été quelque peu étonné de les passer sans encombre, le chauffeur distribuant simplement des cartes de visite, la « mordida » (bakchich) étant gérée de manière très professionnelle. J’ai été déposé à Maracaibo, au Venezuela, « sans avoir passé de frontière », d’où j’ai pris un bus de nuit pour sortir du Venezuela où je n’étais jamais officiellement entré, et entrer illégalement en Colombie, afin de me poser quelques jours à Santa Marta (j’apprendrai bien plus tard que ce fut aussi une ville dangereuse, avec plusieurs assassinats commis par les FARC – voir l’excellent « Paz » de Caryl Férey – mais à l’époque, je ne connaissais même pas l’existence des FARC…). Comme un tampon d’entrée est indispensable pour pouvoir sortir de Colombie, il m’a fallu ensuite « convaincre » la douane que j’avais en réalité débarqué d’un bateau tout-à-fait légalement à Santa Marta, mais que j’étais sorti du port sans recevoir mon tampon d’entrée, ce qui leur paraissait impossible…

NB : si je le tweete un jour, mettre en copie Jean-Luc Mélenchon, Rafael Correa et Daniel Cohen !

Last updated on January 23, 2023

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